Historique

LA COLONISATION CHEZ NOUS
Chez nous, dans les cantons du Nord, la propagande du Curé Labelle faisait son oeuvre. Au cours des années 1880 à 1890, le gouvernement a accordé les premières concessions de lots.
En automne 1885, le notaire Joseph Lefebvre habitant de joli village de Waterloo, situé dans les Cantons de l'Est, se rendait compte que les gens immigraient aux États-Unis. Hanté par le goût de l'aventure aimant la chasse et la pêche et animé d'un grand désir de coloniser des régions lointaines tout en se récréant, il s'est dirigé vers nos contrées accompagné des quelques amis de Waterloo et des alentours; chacun ayant une situation importante.
Ces notables ont pris possession de quelques lots à La Minerve. Ils n'ont pas travaillé de leurs mains à défricher la terre mais ils ont employé nos pionniers pour effectuer ces tâches.
En 1887, le notaire Lefèvre résidant dorénavant sur les lieux, décide d'entreprendre des démarches en vue de se procurer des billets de location qui leur permettraient de demeurer sur ces lots et de profiter des avantages qui leur étaient offerts. Voulant aussi obtenir de l'aide pour les colons déjà établis, il a tenté de persuader les autorités de répondre à ses demandes. Voici ce que nous avons trouvé dans les archives officielles: " Nous avons deux paires de boeufs et une paire de chevaux pour aider les colons ". Et cet autre dans une lettre en date du 21 avril 1887: " N'oubliez pas qu'il n'y a qu'un an au mois d'octobre dernier que nous avons commencé nos opérations " .
Voici un résumé des travaux qui sont effectués: " En 1886, nous avons un total de 46 acres de défrichement et nous avons eu la récolte sur 30 acres; nous espérons avoir cet automne 15 acres en foin semés le printemps dernier ".
En 1887, le ministère de la colonisation prenait en main le sort de ces pionniers et les billets de location sont arrivés après plusieurs demandes. La preuve, on a retracé dans les documents, que la colonisation a été ouverte en 1887 mais déjà 7 familles étaient établies et d'autres étaient sur le point de s'y installer.
Le notaire Lefebvre a ouvert un moulin à farine et un moulin à scie sur le bord du Lac Désert, afin de satisfaire les besoins des colons. M. Isaac Grégoire en a été le gérant.
Entre la période 1887 à 1897, plusieurs familles se sont ajoutées tandis que d'autres ont quitté l'endroit et se sont dirigées vers des régions plus prometteuses. Des amis du notaire Labelle lui ont concédé leurs lots et leurs droits car les coûts d'entretien des colons établis diminuaient rapidement leur fortune. Le notaire Lefebvre a obtenu les lettres patentes de ses lots, le 22 septembre 1897, sous le numéro 383. Sur ces lots, on a retrouvé 331 acres en culture, 13 maisons, 4 granges, 40 arpents de clôtures; ces travaux furent faits par les résidents qui s'engageaient à défricher et à cultiver ces lots.
PAROISSE EN COLONIE DE 1886 À 1903
HOMMAGE AU CURÉ LABELLE
Il est impossible d'écrire l'histoire d'une paroisse du Nord sans d'abord rendre hommage à ce prêtre colonisateur , Le Curé Labelle.
Il est né le 24 novembre 1833, à Ste-Rose de Laval , et c'est dans cette même paroissse qu'il a été ordonné prêtre à 22 ans et 6 mois, le premier juin 1856 par Mgr Pinsonneault. Ce dernier l'a envoyé d'abord comme vicaire à la paroisse Sault-aux-Récolet, sur l'île de Montréal et en mars 1859, il fut vicaire de la paroisse St-Antoine Abbé. Finalement, en 1863, il fut curé de Lacolle, près des lignes américaines. Il devenait de plus en plus conscient de l'exode des nôtres vers les États-Unis. Aussi, en mai 1868, il a accepté la cure de St-Jérome : plus rien ne l'arrêtait, il cumulait en même temps ses deux fonctions de curé et de colonisateur.
Les deux marchaient de front et son caractère n'acceptait pas de refus. Il ne reculait devant rien pour mener à bien l'idée fixe qui germait depuis déjà quelques années et qui devenait pour lui une obsession: " Placer un colon à la place de chaque arbre des cantons du Nord ".
Il avait comme devise: " Emparons-nous du sol ". Il a mis tout en œuvre pour le réaliser. Il connaissait chaque lac, chaque rivière , chaque montagne et chute rencontrés lors de ses nombreux voyages. Rien ne l'effrayait, il ne se contentait pas que de parler, il vivait ce qu'il prêchait .
Ni le froid, ni la neige ont réussi à le décourager. De 1869 à 1881 , il a fait vingt-neuf voyages dans nos cantons. Il se rendait jusqu'à 125 mille (environ 200 km) de St-Jérome, à pied , en canot et quelquefois en charrette.
Accompagné de son fidèle " Isidore ", il visitait les colons déjà installés, les encourageait, disait la messe ,dispensait les sacrements et plantait des croix au milieu des cantons . Il était toujours le bienvenu, on accourait de loin pour le rencontrer. Il allait même dans les chantiers visiter les bûcherons. Sans cesse, il parlait de ses deux amours: la religion et la patrie. Pour lui, le bien et le bonheur de ses compatriotes passaient avant tout.
Afin d'atteindre ses buts, il se rendait souvent à Québec ou à Ottawa et ne se gênait pas pour demander de l'aide pour ses chers colons. Un ministre demanda un jour à " l'Honorable Chapleau ", comment se débarrasser du Curé Labelle. Il répondit tout simplement: " Donnez-lui ce qu'il demande, c'est la seule façon d'avoir la paix ". Sa ténacité remarquable se faisait surtout sentir quand il parlait de son chemin de fer.
En effet, afin de promouvoir l'avancement de St-Jérome, le Curé Labelle était persuadé qu'il fallait tout mettre en branle pour réaliser la construction de son chemin de fer dans le but d'établir une communication entre les grands centres et les paroisses situées plus au Nord. Il correspondait continuellement avec les hommes publics du temps, ministres, députés et journalistes.
En 1868, un comité de citoyens a été formé à Montréal pour exécuter la construction d'un chemin de fer à lisse de bois. On a rencontré des difficultés mais le Curé Labelle a fait voter par St-Jérome et les municipalités environnantes une souscription de 25 000 $. Montréal a aussi voté une somme de 1 000 000 $ en faveur de ce même projet. Ainsi a débuté son chemin de fer qui a atteint St-Jérome en 1876, Ste-Agathe en 1892 et finalement Labelle en 1893.
Cet apôtre colonisateur fut aussi l'instigateur de la loterie nationale pour aider la colonisation et le mérite agricole. C'est lui qui a obtenu du gouvernement le don d'une terre de 100 acres au père de douze enfants. Il a fondé en 1879, la société de colonisation à Montréal puis à Ottawa. Les affaires de cette société ont été géré par un Conseil de douze directeurs, dont six devaient être membres du clergé. Elle avait pour but de procurer le bien-être matériel et moral des colons.
Sa stature et sa corpulence sont presque légendaires. Il était d'une grande bonté et d'une générosité remarquable. N'ayant jamais pris soin de sa personne, il mourut en janvier 1891, à l'age de 57 ans. Tous l'ont regretté. Les journaux de l'Amérique et de la France tout entières, lui ont fait une éloge sans pareil.
LE CURÉ LABELLE DANS NOS CANTONS
En 1878, au retour d'un de ses nombreux voyages, Joseph - Antoine Labelle écrivait à Mgr Duhamel, un compte-rendu de son expédition.
Voici le texte intégral :
'' J'ai placé quatre églises en haut de Clyde. La première à la Chute aux Iroquois près d'un magnifique pouvoir d'eau; les terrains sont pris jusqu'à trois milles de là, en remontant; le gouvernement va donner le nom de Joly à ce canton qui n'est pas arpenté mais qui va l'être. J'ai placé la seconde près de la Ferme du Milieu (L'Annonciation) et la troisième près de la Ferme d'en Haut (L'Ascension) et la quatrième à la tête du grand Lac Masquinongé (Lac Labelle) entre le lac aux Sables et les Iles de la Nation (Canton La Minerve). Je n'ai plus qu'à placer une église dans Posombym Addington et Arundel. Celle d'Amherst est fixée. Je m'occupe des autres qui ne le sont pas encore. On est à arpenter le Canton Amherst qui se colonise à vue d'oeil''.
Ce document nous indique de façon précise les origines de nos paroisses. Une croix a été plantée face au Lac Désert, la lettre patente pour le lot no 28, rang 13, fut donnée le 27 décembre 1888 à la Corporation épiscopale d'Ottawa.
L'autre croix sur la Nation est celle du Lac Castor, l'église a été construite à cent pieds environ de l'endroit où fut plantée cette croix . On nous a raconté que lors d'un feu de forêt, cette croix de cèdre resta intacte au milieu du feu. Des témoins nous ont confirmé l'exactitude de ces dires.
Dans un journal de Montréal, appelé " La Minerve ", on pouvait lire dans l'édition du 30 janvier 1886, le texte suivant :
" De la Chute aux Iroquois, on peut se diriger par un bon chemin jusqu'au Canton Minerve, où l'on compte plusieurs habitants et où la chapelle, le moulin à scie doivent se construire prochainement. Le site du village est admirable. À deux milles plus loin, en face du Lac Désert, on trouve le Lac Chapleau, un des plus beaux lacs de cette région. On y voit une belle île de 3200 acres de superficie, fertile et bien boisée, qui appartient à l'honorable secrétaire d'État. Il y a de quoi faire une demeure princière et jouir en été de tous les avantages de la vie champêtre et des plus belles places d'eau. Ce voyage du Curé Labelle dura 10 jours par la tempête et le beau temps et souvent par froid excessif. C'est un parcours d'environ cent lieues et notre voyageur a fait jusqu'à dix huit lieues par jour ".
Avant la venue de ce missionnaire colonisateur, des journalistes du journal " La Minerve " sont venus visiter nos régions entre 1880 et 1885. À ce moment-là, l'île du Club portait le nom de " l'îledu Gouverneur " et appartenait à Sir Adolphe Chapleau, contrôleur du journal. De ce fait provient l'origine des noms du Lac Chapleau et Canton La Minerve selon l'opinion courante.
N'EST PAS COLON QUI VEUT...
N'EST PAS COLON QUI VEUT...
Un colon doit être courageux, ferme dans ses décisions, robuste et façonné pour une vie pénible. Il lui fallait une certaine habileté pour les travaux des champ. L'épouse du colon devait avoir une forte constitution et être initiée a toutes les tâches de la vie à la campagne. Les fils de cultivateurs, habitués au même genre de travail, étaient aptes à fonder en peu d'années, un bon établissement agricole. Ils étaient, en général, les seuls qui résistaient à ces travaux rigoureux.
Les colonisateurs étaient de pauvres gens, Arthur Buis, nous les a décrits dans son oeuvre " Au Portique des Laurentides " : " C'est que ce n'est pas le riche qui colonise, mais bien celui-là seul, qui n'a que sa hache, et qui avec ce seul outil, parvient à ouvrir de vastes étendues fermées à l'homme, à créer pour nous, de nouvelles demeures, de nouvelles richesses, à féconder des contrées nouvelles ou notre race pourra se développer de plus en plus à l'aise, en conquérant de plus en plus le sol ".
En 1917, on comptait, 677 habitants groupés en 125 familles.
En 2004, nous évaluons le nombre de familles à 125, dont environ 1126 citoyens permanents à qui s'ajoute près de 15 000 villégiateurs.

